Dans le cadre du Festival des Nuits d’Afrique, j’ai assisté hier soir au concert de Tiken Jah Fakoly au Métropolis. Un excellent choix pour le spectacle d’ouverture dont la vente de billets était complète. La salle était saturée de fans enthousiastes qui bougeaient la tête au rythme de la musique des tam-tams. Le sourire aux lèvres, ils chantaient les paroles d’une Afrique politique qui se cherche une identité, revendicatrice de sa liberté:
“Ils ont partagé Africa, sans nous consulter !
Sans nous demander !
Sans nous aviser !
Ils ont partagé le monde, plus rien ne m’étonne !”
Pourtant, quand j’ai regardé autour de moi en ne voyant qu’une majorité de visages blancs, certains arborant fièrement une longue chevelure rasta et d’autres venus en couples s’immerger dans la culture world-beat si tendance lors des festivals multi-culturels, je ne pus que ressentir un soudain frisson malgré la chaleur de la soirée. Car c’est si facile de se croire citoyen du monde pour un moment dans le confort d’un show aseptisé de ses couleurs où l’on doit débourser 32.03$ plus taxes pour scander des propos alarmistes sur la situation pénible du continent Africain. Mais ensuite?
Car l’Afrique est le continent le plus ravagé par des conflits ethniques, politiques et sociaux-politiques. Ses ressources sont exploitées majoritairement par des grandes multinationnales. La pauvreté morbide de certains pays est révulsante. Les guerres civiles, les génocides, les épidémies. Le Rwanda, le Darfour, le Sierra-Leone. Le Congo, le Gabon, l’Angola. Le Liberia.
Dans une ville multiculturelle comme Montréal, la présence des différentes communautés est considérable: plus de 44 700 montréalais sont d’origine africaine. Par contre, la diaspora africaine au Canada est très récente. Avant la vague de décolonisation des années 60, les Africains représentaient à peine 0,5 % des étrangers au Canada. Aujourd’hui les réfugiés et les personnes diplômées constituent la majorité de la population africaine établie au Canada. Ils proviennent pour la plupart de l’Afrique australe, de l’ouest et, de plus en plus, du Maghreb. Pourtant, au nom de la liberté africaine , le concert était assez african-free.
Si un artiste africain engagé tel Tiken Jah Fakoly puisse se produire au Métropolis ou au Festival d’été de Québec (où l’on retrouve des artistes tels Kanye West, IAM ou Les Cowboys Fringants) et remplir les salles de spectateurs québécois “de souche”, n’a-t’ on pas la preuve qu’au fond, malgré nos cellulaires, nos SUV et nos supermarchés de luxe on a tous un peu envie de crier :
“On se demande souvent qui viendra nous sauver,
on se demande maintenant qui viendra nous aider?”
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